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Des convictions diverses, un même projet

Retrouvez le groupe CoExister Bordeaux sur Facebook : bit.ly/CoExister-Bordeaux

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Créée en 2007, l’association CoExister est un mouvement interconvictionnel regroupant des jeunes de 15 à 35 ans ayant des convictions diverses (croyants chrétiens, juifs ou Musulmans, agnostiques ou non-croyants). À Bordeaux, une petite équipe est active sur de nombreuses thématiques. Rencontre avec Eloi Deschamps, responsable du pôle Solidarité et Tayeb Benaouali, en service civique au sein de l’association.

Eloi Deschamps

Responsable du pôle Solidarité du groupe CoExister, Bordeaux

D’où vient ton engagement ?

Au départ, c’était en lien avec ma foi catholique. J’étais bien dans ma petite paroisse, avec ma famille et mon mouvement scout, mais j’ai un jour ressenti le besoin d’élargir mes horizons. Pendant mes études, j’ai travaillé avec des personnes ayant d’autres convictions que moi, cela m’a aidé à renouveler ma foi et ma pratique.

Je me suis aussi engagé car en tant que jeune je n’ai pas forcément envie d’accepter le monde tel qu’il m’est proposé… J’ai envie de le changer ! Cette image de la laïcité telle qu’on nous la présente aujourd’hui ne me satisfait pas ! Je n’ai pas envie d’une société du « chacun pour soi » et/ou du « chacun chez soi », j’ai envie d’une société où l’on puisse s’épanouir et échanger. Au sein de CoExister, nous menons des actions dites de « coexistence active », pour aider au vivre-ensemble, justement. Nos membres ont entre 15 et 35 ans et sont lycéens, étudiants ou jeunes actifs. Mais nous avons aussi le soutien de plusieurs organisations, comme des paroisses, des mosquées, des mairies, des associations citoyennes…

 

Comment déterminez-vous les actions à mener ?

Nous nous réunissons et nous évoquons les thèmes qui nous intéressent les uns et les autres. Il y a, par exemple, au sein de l’équipe, un jeune surfeur qui est athée et sensible aux questions liées à l’écologie. Il nous a donc interpellés sur ce sujet en me disant par exemple : « Toi le catho, dans la Bible, il est bien dit que tu dois "préserver la création" ? Que peut-on faire ensemble ? » Nous élaborons alors une action qui peut ensuite rassembler des personnes ayant des convictions diverses. En l’espèce, nous sommes allés aider l’ONG Surfrider foundation à nettoyer les plages du Porge, le 10 décembre dernier.

 

Comment se déroulent ensuite ces actions ?

Nous ne souhaitons pas inventer de nouvelles actions, mais plutôt venir en aide aux associations déjà présentes sur le terrain, avec ce souffle et cette particularité que représente notre « coexistence ». Au-delà de l’action en elle-même, l’intérêt réside aussi dans le fait que ce soit le jeune juif et le jeune musulman, le catho et le noncroyant, qui aillent la mener ensemble. Pour montrer que cette coexistence est possible et porte du fruit ! Récemment, nous avons ainsi participé le 11 décembre à la journée de la Laïcité, en étant présents dans différents lieux de cultes et en répondant aux questions des passants.

Nous aidons tout au long de l’année le Secours catholique, le Pain de l’Amitié, le Secours musulman… Et en janvier, nous relayons la campagne de Don du Sang de l’EFS (Établissement français du sang).

 

Que retiens-tu de tes deux années d’engagement ?

Ce sont toutes les expériences de coexistence que je garde en tête. Je participe en plus aujourd’hui au programme Interfaith home qui propose de choisir une colocation en partant de nos convictions différentes. Je vis aujourd’hui avec un protestant, une agnostique et une musulmane… Ce sont des gens que je n’aurais peut-être pas rencontrés ou côtoyés autant si j’étais resté dans mon milieu d’origine. J’aime vivre cet échange et montrer aux gens qu’on peut vivre et faire des projets ensemble tout en ayant des convictions diverses.

 

Comment envisages-tu 2017 ?

Sur les réseaux sociaux, nous recevons parfois des messages de gens méfiants voire opposés à cette démarche, mais je les sens en réalité surtout animés par la peur… À l’opposé, nous avons des messages de gens qui nous disent qu’ils ont « ouvert les yeux » et qui disent avoir eu besoin de cet espace de dialogue et de bienveillance pour déconstruire leurs préjugés. En 2017, je sais que nous aurons du travail… Mais je reste optimiste !

 

Tayeb Benaouali

Service civique au sein de l’association CoExister, Bordeaux

Pourquoi avoir choisi CoExister pour effectuer un service civique ?

Je connaissais déjà le mouvement depuis un ou deux ans pour en avoir entendu parler sur Facebook et dans la presse. J’avais envie de faire un service civique et naturellement mon choix s’est porté vers ce mouvement. Je m’intéresse beaucoup à la politique, à la chose publique, et aussi à la place des religions dans ce qu’elles peuvent apporter au “vivre ensemble”. C’est aussi un mouvement de jeunes et je pense aujourd’hui qu’il est urgent de mobiliser la jeunesse sur ces questions. Depuis 2004 (et la loi sur le voile à l’école, NDLR), les questions autour de la laïcité reviennent régulièrement dans les discussions, mais je vois que les gens ne sont pas toujours à l’aise et en parlent avec des pincettes. Je souhaite vraiment transmettre l’esprit d’origine de la loi de 1905, faite pour que tout le monde puisse vivre en harmonie, pour que malgré et avec nos différences nous puissions vivre ensemble et joyeusement !

 

Qu’as-tu découvert au sein de CoExister ?

Je ne suis pas théologien, je viens là avec ma petite connaissance, ma propre expérience de la religion musulmane… Le fait de les partager et de confronter mes engagements avec d’autres est très enrichissant. Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les actions de sensibilisation au vivre ensemble et à la laïcité que nous menons dans les écoles. Je garde ainsi un très bon souvenir d’une intervention dans un lycée catholique d’Enseignement à Toulouse. La parole a pu se libérer entre élèves, enseignants… Nous étions plusieurs à témoigner avec des convictions différentes et nous avons pu échanger sur des préjugés ou des stéréotypes que plusieurs avaient concernant des religions ou la laïcité.

 

Comment envisages-tu 2017 ?

Aujourd’hui, le monde que l’on nous dépeint et les tensions récurrentes autour de ces questions peuvent naturellement inquiéter. Si rien n’est fait, l’avenir risque en effet de ne pas être radieux… Mais je reste convaincu qu’en menant au quotidien de petites actions, si chacun commence par agir à son échelle, les choses peuvent s’améliorer.

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