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« Nous sommes “condamnés” au dialogue »

Les futures générations doivent expérimenter cette vérité fondamentale : celui qui est différent de moi n’est pas nécessairement mon ennemi.

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En novembre dernier, le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, est intervenu devant les évêques de France rassemblés à Lourdes. Il revient pour nous sur les enjeux du dialogue mené entre chrétiens et musulmans.

Début novembre vous êtes intervenu à la conférence des évêques de France sur le dialogue interreligieux, quel message essentiel avez-vous voulu faire passer ?

Face à la perplexité de certains pasteurs au sujet du dialogue interreligieux qui pourrait dériver vers un certain syncrétisme, le pape François lors d’une rencontre m’a demandé d’aller parler aux évêques de France pour les informer sur la ligne suivie par le Saint-Siège en matière de dialogue avec les musulmans. Il ne s’agissait pas évidemment d’expliquer aux évêques ce qu’est l’islam, mais de prendre davantage conscience que le dialogue avec les musulmans deviendra encore plus nécessaire, et qu’il faut s’y préparer surtout par une catéchèse qui enseigne le contenu de notre foi. Il ne s’agit pas d’un dialogue entre les religions, mais entre leurs adeptes qui doivent être capables de rendre raison de leurs convictions religieuses.

 

Le contexte des attentats et de la guerre en Syrie- Irak met en grande difficulté le dialogue chrétiens-musulmans, quels points vous semblent importants à tenir ?

Les musulmans dévoyés qui sèment la mort veulent montrer que la coexistence entre chrétiens et musulmans est impossible. Selon eux, les atrocités commises en Syrie et ailleurs le prouvent.

Nous chrétiens croyons que l’éducation et le dialogue sont les seuls moyens pour garantir un avenir digne de l’homme, mais on ne peut pas nier que les attentats et la violence fragilisent le dialogue interreligieux et risquent de le miner. Il est donc important de former la jeune génération de chrétiens et de musulmans à travers l’enseignement de l’histoire et le dialogue persévérant de tous les jours de manière qu’il soit évident que les croyants sont une ressource pour la société. Malheureusement, les religions aujourd’hui font peur.

Il est impératif que les croyants soient les premiers à croire à la force du dialogue. Mais il faut faire apparaître clairement que le vrai dialogue n’est pas soumission.

Il faut se souvenir qu’avec Nostra aetate l’Église a accompli une « révolution » : reconnaître que dans les religions non-chrétiennes il y a des parcelles de vérité et de sainteté. Il est vrai que déjà, au IIe siècle, saint Justin avait affirmé cette vérité, mais il s’agissait d’une position privée. La nouveauté est que cette affirmation est désormais devenue partie du Magistère. Comme vous le savez, il y a quatre modalités de dialogue : le dialogue de la vie, le dialogue des oeuvres, le dialogue théologique et le dialogue des spiritualités. L’avenir dépend surtout de l’éducation écoles et universités.

Nous catholiques avons la grâce de pouvoir puiser dans le magistère de Benoît XVI, le pape qui a le plus parlé de l’islam : plus de cent interventions !

Dans nos sociétés, comme je le répète souvent, nous sommes « condamnés » au dialogue : ou bien nous nous laissons interpeller par la religion de l’autre, ou bien nous recourons à la violence et nous retournons aux « guerres de religions ». Les futures générations doivent expérimenter cette vérité fondamentale : celui qui est différent de moi n’est pas nécessairement mon ennemi. Et si la présence de nombreux musulmans en France était pour nous une occasion providentielle d’approfondir notre foi et d’en témoigner sans complexe devant ceux qui ne la partagent pas !

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